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Les Migrants de Calais.






Calais est aujourd'hui un lieu de passage pour des migrants espérant (pour une majorité) atteindre l'Angleterre. La collaboration intense entre les autorités françaises et britanniques pour renforcer la sécurité autour des points d'embarquement possibles (aire d'autoroute, port, gare, etc.) rend le passage extrêmement difficile. Les migrants restent donc des semaines, voir des mois à errer dans la région de Calais dans l'espoir de pouvoir passer. Des journées d'inactivité en attendant les tentatives de passage la nuit. Reportage réalisé en 2007-2008.




C'est l'ultime étape, plus que quelques kilomètres, une mer à traverser et c'est l'Angleterre. L'Angleterre, l'eldorado par défaut, puisqu'il est impossible d'aller au Canada, puisque la politique de la France vis à vis des réfugiés a mauvaise réputation, puisqu'on y parle la langue "universelle", puisque l'Angleterre fut un pays d'immigration, puisque certains y ont de la famille, puisque l'Italie a été un enfer, et pour tant d'autres raisons. Au fur et à mesure des jours les idées changeront parfois, certains apprendront par hasard qu'ils ont le droit de demander l'asile en France, d'autres qu'il y a des pays plus accueillants que l'Angleterre, Peu succomberont aux charmes (ou au piège devrait-on dire) des brochures qui leur proposent de rentrer chez eux contre une somme qui représente à peine le quart de ce que coûte le voyage jusqu'ici.

Afghans (d'Afghanistan, du Pakistan ou d'Iran), kurdes irakiens, palestiniens, érythréens, soudanais, somaliens, sierra léonais, pour une immense majorité d'entre eux, l'objectif restera immuablement le même: franchir les quelques kilomètres qui séparent ici la France de l'Angleterre. Dans la remorque d'un camion, dans un coffre de voiture, sous un camion agrippé aux essieux. La surenchère des risques suit et suivra encore celle des moyens de contrôle. Jusqu'où ? Les autorités mesurent le taux de CO2 pour détecter une présence humaine dans les camions ? Certains affirment, en plaisantant à peine, que si cela continue comme ça ils se mettront à respirer dans des sacs plastique au moment du passage.

Ne disposant d'aucune structure d'accueil, les migrants errent donc dans la région de Calais en attendant leurs tentatives d'embarquement la nuit, encadrés par des passeurs, vivant dans la forêt, se nourrissant grâce à l'aide d'associations et tentant tant bien que mal d'échapper à la police. Cette police qui les arrête tous les soirs, pour se montrer, mais qui les relâche aussi tôt car ils sont souvent inexpulsables. Petit jeu du chat et de la souris qui ne mène à rien d'autres qu'à l'épuisement.